XYZèbreS

01 février 2020

La première vague

Ce n'est pas si simple d'extraire les vagues une à une. Tout se mêle au quotidien, à la vie: la mienne, la sienne, la leur. Je n'ai pas tout dompté encore et j'espère ne heurter personne...

Je mentirais en disant que je ne savais pas que mon enfant était particulier. Mais il n'est pas particulier uniquement parce qu'il est transgenre mais aussi parce qu'il a été diagnostiqué haut potentiel à la fin du primaire.

Je dirais que la première vague date de ses quinze ans.

Quand j'ai su, quand il m'a dit, quand j'ai compris.

Le temps s'est figé là après cette phrase "je suis pas une fille, je suis un garçon".

J'ai compris qu'il disait vrai, qu'il était fragile et vulnérable, perdu et anéanti. Il s'est roulé en position foetale en pleurant."Je le sais depuis que je suis en Ce1". Je ne savais pas, je ne savais rien, je ne me doutais de rien. Je me suis couchée avec lui, je l'ai pris dans mes bras "On va trouver une solution pour t'aider. Je suis là, parfois la nature se trompe et aujourd'hui on peut corriger ça".

C'est vrai, j'aurais pu aussi hausser les épaules et lui dire que ça passerait, que c'était l'adolescence, qu'on se posait des questions à cet âge. Qu'avoir ses règles ce n'était pas une malédiction. Ou j'aurais pu lui dire qu'aimer les filles quand on en était une, ce n'était pas une faute, c'était juste de l'amour et que c'était beau. 

Mais j'ai su que ce n'était rien de tout cela. C'était vrai.

Et d'un seul coup, tous les évènements des derniers mois trouvaient une réponse : il était enfermé dans sa chambre, refusait de sortir, se cachait dans des sweats à capuche et inquiétait l'éducation nationale par son renfermement et son refus d'exister.

Il avait des mots qui me faisait violence "je voudrais arracher cet utérus et le jeter par la fenêtre, de toute façon je ne veux pas d'enfant". Et moi j'entendais certes que cette féminité imposée le rendait furieux ce que j'entensais ce que j'avais vécu à l'arrivée de mes menstruations : une punition, une obligation d'être une femme alors que je n'avais rien demandé.

Il me confiait que voyant son visage dans le miroir, il pleurait de desespoir.

C'était vrai.

Alors nous sommes allés chercher de l'aide et le premier pedopsychiatre merveilleux que nous avons rencontré dans cette tempête l'a entendu, l'a pris au sérieux et nous a orienté d'abord vers un test de QI.

Malheureusement, il nous a fallu déménager et trouver une autre solution de suivi.

Comment on se sent quand on est parent dans cette situation?
Pour ma part, j'ai été chamboulée mais mon pragmatisme a pris le dessus et j'ai mis de côté mes émotions.
Sans doute parce que je n'avais pas idée de ce qui m'attendait en tant que maman.
Sans doute aussi, je pensais -pour me rassurer?- que c'était un passage difficile et puis je ne pouvais rien faire d'autre qu'accompagner mon enfant et le soutenir.
Sans doute j'ai mis du temps à intégrer le fait parce que c'est une énorme vague : plein de questions arrivent, sur le genre, il faut s'ouvrir un nouveau monde, un nouveau vocabulaire, une nouvelle façon de penser et voir.Ce n'est pas changer de style vestimentaire ou d'apparence -enfin pas seulement. C'est un tsunami certes qui se révèle positif mais un tsunami malgré tout.


J'ai trouvé peu de témoignages de parents sur les forums. Souvent des témoignages glaçants d'adolescents repoussés, en dificultés, rejetés, d'adultes coupés des leurs, mis à la porte. Des suicides. Et je me suis sentie seule aussi. Son papa a réagi comme moi, nos parents et amis aussi. Les plus sceptiques ont au moins eu la délicatesse de se taire.


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Un jour important...

En rentrant ce soir, un courrier attendait sagement dans ma boîte aux lettres.

En vérité, il ne m'était pas destiné, si je suis sa mère, il est majeur maintenant.
Mais je l'ai ouvert parce qu'il était attendu ce courrier de la mairie, elle était attendue cette décision d'autorisation de changement de prénoms.

La demande est acceptée! Une bonne nouvelle : les prénoms choisis avec amour pour ma fille née il y a vingt ans vont laisser place à ceux que mon fils a choisis.

C'est une (re)naissance, un jour important. Encore une vague dans cette aventure. Pas une vague qui renverse sous un ciel orageux, non, mais une de ces petites vaguelettes léchant les pieds et apportant tellement de douceur.

Je suis C. heureuse maman d'un jeune homme merveilleux, né sous le genre féminin et j'ai envie de vous raconter cette aventure...

 

Posté par xyzebres à 10:17 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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